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Comment voyageait-on  en 1900 en Dordogne ?

En 1900, les plus anciens moyens de locomotion perduraient : le recours à l'animal, cheval ou mulet de selle pour les cavaliers, carrioles diverses louées à l'occasion par les paysans pour rendre service, les "locatis", voitures publiques dites " courriers" ou " omnibus" qui s'arrêtaient de troquet en troquet pour faire souffler l'attelage et " rafraîchir " le cocher au comptoir.

Le grand " Bi" réservé aux vélocipédistes acrobatiques va devenir la bicyclette, massive, robuste, à pneus pleins, qui serapopularisée par le Tour de France et les facteurs ruraux.

 

A cette époque, l'écrivain, ayant publié avec succès " Le moulin de Frau", était percepteur à Hautefort, sa cité natale. Il avait 73 ans. S'avisant qu'il ne connaissait pas parfaitement le département, cherchant un but de vacances alors que certains de ses amis parlaient d'aller découvrir Royan ou Biarritz, destinations d'excursions à la mode, il décida de partir pour un tour de  la Dordogne dont il pensait, peut-être, tirer parti comme cadre de futurs romans. Son fils Robert, l'accompagnera jusqu'à Mussidan où sont fils ainé Yvon prendra le relais. Ce récit très simple écrit au jour le jour parut en feuilleton dans  :  " L'avenir Illustré de la Dordogne" et fut publié en recueil le 24 Janvier 1901 sous le titre : " Carnet de notes d'une excursion de quinze jour en Périgord" par l'imprimerie Joucla de Périgueux.

Quelques réflexions durant  le chemin : 

"Mais il faut savoir se borner,. J'ai vu avec plaisir certaines parties du Périgord que je  ne connaissais pas ; et, surtout, j'ai été heureux de retrouver au cours de cette excursion, de vieux amis et d'anciennes connaissances ; c'est beaucoup.

Encore faut-il que je félicite d'une chose, c'est de n'avoir rencontré nulle part sur mon chemin la Cimex ou Ancanthia lectularia des savants, qui est à dire pour les bonnes gens comme moi, la féroce et autotchone punaise.

"...je pars le soir pour Bergerac. Levés de bonne heure, le matin, nous allons droit au pont de la dordogne et puis nous parcourons la ville jusqu'à dix heures. Au cours de cette visite rapide, je remarque, à l'éloge de Bergerac, que les assommoirs et les mastroquets y sont moins nombreux qu'ailleurs ..... 

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( Le Pont sur la Dordogne, photo Studio plume et eau)

Le soir nous prenons le train de Bergerac pour Lalinde, où nous arrivons à la nuit close. Très bien dîné à l' Hôtel des voyageurs et avec un aimable convive :

Soupe maigre aux légumes - Lamproie en matelotes - Entre-côté aux échalotes - Oronge sur le gril - Perdreau rôti .......

 

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( La Bastide de Lalinde vue du ciel photo studio plume et eau)

"Le matin ,nous parcourons la petite ville qui est agréablement située entre la rivière et le canal.. A mi-coteau, sur la rive gauche, la chapelle de Saint-Front de Colubri est bâtie sur un rocher sous lequel se trouvent deux grottes, jadis habitées par le dragon que l'apôtre du Périgord fit mourir, selon la légende.....

"Lalinde est la première bastide construite par les Anglais en Périgord ; elle date de 1627.........

"De Lalinde, nous descendons à Couze en suivant le chemin de halage sur la rive droite de la Dordogne. Le temps est beau, l'air frais, un clair soleil chasse les brumes matinales ; c'est un plaisir délicieux que de marcher ainsi doucement, libre de soucis présents, en devisant de choses et d'autres. A un kilomètre en aval de Lalinde se trouve le fameux Saut de la Gratusse jadis si redouté des bateliers.

 

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( Le saut de la Gratusse vers 1900)

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( Le Saut de la Gratusse se trouve en aval, vous voyez en amont les Iles ( les bélisses) en face du village de Pontours, dans la zone de l'ancien Gué,  vue depuis la chapelle St FRONT photo  studio plume et eau)

 

... Nous passons sous la papeterie de Rottersac et, toujours suivant le cours de l'eau, nous arrivons  Couze, petite commune industrielle où se trouvent des papeteries et une usine à plâtre. En attendant le courrier, nous cassons une croûte arrosée de vin blanc, le courrier passe et nous partons pour Beaumont en remontant la vallée de la Couze, jolie petite rivière aux eaux pures, qui descend en flânant, des combes entre Bouillac et fongalop, sans se douter que la-bas, au bourg qui a pris son nom, on l'attend pour la faire travailler.....

.... La route passe en vue du château de Bannes, très joliment planté à la cime d'une colline escarpée et boisée qui s'élève au milieu de la vallée et domine la Couze. Nous admirons de loin ce beau spécimen de l'architecture féodale du XV ème siècle. .....

 

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( Le château de Bannes de nos jours photo studio plume et eau) 

 " N'oublions pas aussi que l'habitude de parcourir de longs trajets à pied ne s'était pas perdue. Dans une lettre Eugène Le Roy raconte très simplement comme une promenade, qu'étant alors percepteur à Hautefort, il s'était rendu dans la journée à la dé"couverte d'un château en ruines, l' Herm, situé dans la foret Barade près de Rouffignac, respectable randonnée, près d'une quarantaine de kilomètres. On sait le parti qu'il en tira : ce fut le roman " Jacquou le Croquant"  Jean Louis Galet."

D'après le livre de JL GALET, Editions ibro Libra de Bayonne, 3ème t/1992