LE PORT DE BEYNAC JADIS ..... ( 24 DORDOGNE)
Si aujourd'hui on prend place sur les gabares de plaisance afin de faire une jolie promenade le long de la rivière Dordogne, il n'en n'a pas été de même aux siècles derniers à Beynac.
La petite cité médiévale de Beynac, située à quelques km de Sarlat et qui fut le siège de l'une des Quatre baronnies du Périgord figure aujourd'hui parmi le classement des plus beaux villages de France.
"En effet, grâce à la rivière Dordogne qui coule à ses pieds, la cité de Beynac possédait : un port de commerce et un port de passage ( le bac qui faisait la navette entre les deux rives). La Vallée de la Dordogne présentait l'avantage de relier des régions fort différentes dont les produits se complétaient : le Limousin et l'Auvergne étaient des pays riches en bois, bétails, minerais, mais pauvres en vin, blé et produits manufacturés. Dans les bas-pays les cultures avaient réduit l'étendue des forêts et l'élevage y était insuffisant pour approvisionner des villes nombreuses et peuplées. Il ne pouvait que s'instaurer un système d'échanges dont l'axe privilégié fut la rivière Dordogne.
Le port de Beynac au XIX ème siècle et passage du bac.
"D'Argentat, point de départ de la batellerie, à Bordeaux, le trafic fluvial ne cessa de s'amplifier tout au long du XVIIIème siècle, pour atteindre son apogée sous la Révolution et l' Empire puisque avaient été supprimés les péages, pêcheries et moulins à nefs qui entravaient la circulations sur la rivière depuis le XVI ème siècle ( conflits entre les maîtres de bateaux qui réclamaient une libre circulation sur la rivière et les maîtres de pêcheries qui par leurs installations restreignaient cette circulation.) Sans oublier que la circulation était liée aux conditions de navigabilité : eaux descendantes et eaux montantes; tout trafic étant impossible environ cinq mois de l'année.
"Si pour descendre la rivière on se laissait simplement aller au fil de l'eau, pour la remontée on avait recours au halage une paire de boeuf était alors nécessaire pour tirer une charge de 20 tonnes ; en 1812 de Beynac à Saint Julien-de-Castelnaud soit une longueur de 4 km en rive droite : la paire de boeufs coûtait 2,50 francs.
"Quant au bac à péage on pouvait relever sur la pancarte les prix suivants : " la charge du sel : un denier et une plamade " - " tout ce qui se porte au col ne doit que demi-péage"- " La charge de fromages de brebis ou de chèvres : un denier "...
" Il existait une forte activité de pêche. Le saumon pouvait alors remonter la rivière car aucun barrage n'interrompait son cours ; il suscitait une pêche très active et faisait même la réputation de Beynac et de Limeuil. Sous l'ancien régime il existait de nombreuses pêcheries installées par les seigneurs locaux comme celle de Beynac appartenant au marquis de Beaumont. Après la révolution ces pêcheries qui entravaient la navigation disparurent puis la rivière entra dans le domaine public .
(Le château de Beynac dominant la rivière et le port, photo studio Plume et eau)
( Croquis issu du livre de Mr Rigoulet : le port de Beynac en 1832)
"Au XIX ème siècle le trafic du port de Beynac constatait : en importations : blé, sel, sucre, houille, plâtre, fer, chaux , merrains, bois de sapin, tuiles, barriques vides et on notait en 1878 : 271 tonnes et en 1879 : 1408 tonnes. Les exportations pour leur part comportaient : feuillards, carassonnes, bois de noyer, bois de peuplier, bois de chauffe, merrain, châtaignes, noix, farines, cochons, paille, pierres meulières pour 742 tonnes en 1878 et 639 tonnes en 1879 . Ce sont là les deux années qui marquent le déclin de la navigation, car une large part du tonnage est tenue par les matériaux nécessaires à la construction de la voie ferrée du Buisson à Saint Denis près Martel. L'installation de la voie ferrée et la crise du phylloxéra en Périgord ne firent que précipiter la ruine d'un commerce fluvial ou l'essentiel des exportations consistaient en vin et bois de toute sorte."
La rivière Dordogne continue de couler pour la plus grand joie de tous ceux qui lui rendent visite, le long de ses nombreux villages et châteaux elle conserve la trace des siècles passés.
( D'après l'ouvrage de Mr Daniel Rigoulet, " Beynac en Périgord", Editions P. Fanlac 13/08/1977)


