LE BON JUGE MAGNAUD. ( Bergerac 24)
Le 20 mai 1848, naît à Bergerac Jean-Marie-Bernard-Paul MAGNAUD, fils de Bernard MAGNAUD, Vérificateur de l'Enregistrement, et de Julie-Helene Lafaurie, âges l'un et l'autre de trente quatre ans.
On ne sait rien des premières années de cet enfant qui a peut être appris à lire dans une école enfantine de Bergerac. Il a cinq ans lorsque son père est muté à Perigueux ou il est élevé au grade d'Inspecteur mais il ne figure plus sur les annuaires de la Dordogne a partir de l'année suivante.
Paul MAGNAUD , après avoir fait ses humanités dans notre département, passe brillamment la licence en droit et fait la guerre de 1870.
Il débute dans la magistrature en qualité de Substitut, à Doullens en 1880. Juge d'Instruction à Montdidier en 1881, à Senlis en 1883 et à Amiens en 1885, il est Président du Tribunal Civil de Château-Thierry en 1887. Par la suite il est nommé Conseiller de la Cour d'Appel d'Amiens et termine sa carrière a Paris.
Le procès qui le fit connaître est celui d'une voleuse de pain en 1898. Il s'agissait de Louise Ménard qui avait a sa charge un enfant de deux ans et sa vieille mere et se trouvait sans travail , elle recevait une petite aide en denrées du bureau de bienfaisance de sa localité. Ayant épuisé ces denrées et ce depuis 36 heures elle avait volé un pain chez le boulanger Pierre.
Elle fut relaxée des poursuites par le Président Magnaud. Ce jugement devait faire jurisprudence. En effet depuis le 1er mars 1994 " la notion d'état de nécessité" invoquée par le Président Magnaud est désormais inscrite dans les textes ( article 122-7).
(Jugement Archives de l'Aisne, fonds du Tribunal de première instance de Château-Thierry 25U61)
En 1902 lors d' une interview à un rédacteur du journal " Le Temps", Léon Tolstoi parlant d'un magistrat russe connu pour sa bienveillance, son indulgence et sa bonté devait déclarer : " c'est notre MAGNAUD"
Elu en 1906, Député RadicalSocialiste de la Seine, il meurt le 27 juillet 1926 a Saint-Yrieix-La-Perche ( Haute-Vienne)
Il était Commandeur de la Légion d'honneur, titulaire de la Médaille 1870-1871 et de la Croix de Guerre.
Le nom de ce magistrat reste écrit dans les annales de la justice. Ayant pour principe que ce qui ne peut être évite ne saurait être puni, ses jugements plus équitables que juridiques ont eu un très grand retentissement. Ils s'attaquent courageusement et sans ménagements à l'organisation sociale.
Pour tout le monde il est "le bon juge" et ce surnom qui lui a été donné par Georges Clemenceau lui reste pour la postérité.
(sources texte et croquis du Juge Magnaud de Monsieur Robert Coq, "La vie bergeracoise" 1966)
( Le Palais de Justice de Bergerac, photo studio Plume et eau)


