La navigation sur la rivière Dordogne n'était pas permanente. En été les eaux de la Haute-Dordogne étaient trop basses, dans les maigres le tirant d'eau n'était que de 30 cm ; en hiver par les grands froids les eaux sont aussi basses ou ... trop fortes si l'hiver était pluvieux. La navigation descendante de la Haute-Dordogne est très ancienne : Saint Sacerdos ( voir blog "S"), Évêque de Limoges, mourut à Argentat au début du VIIIème siècle, son corps fut alors descendu en bateau jusqu'à Calviac ( 24) soit à plus de 100 km plus bas.

wwargentat-ancienne

( Argentat vue ancienne des quais)

Le cours supérieur de la Dordogne qui correspond à la section Bort-les-Orgues-Argentat, origine de la navigation des courpets, est une gorge rocheuse, étroite et sinueuse,la vitesse du courant y est très forte et en période de crue la vitesse du courant est  égale à celle d'un cheval au trot ( 9 km/h). De Bort à Argentat il y avait plus de 50 passages dangereux sur 80 km.

Ce n'était donc qu'au printemps ou à l'automne que les eaux atteignaient la hauteur nécessaire et s'y maintenaient que la navigation descendante pouvait commencer les eaux étaient alors à 1,50 m à l'échelle du pont d' Argentat et elle s'arrêtait si la côte à Argentat était à 2 m. Cette côte était très instable, l'arrêt ou la continuation de la pluie, la fonte des neiges, pouvaient la faire varier considérablement d'une journée et même d'une heure à l'autre.
La moyenne annuelle de jours de navigation était de 27 jours ( calcul établi entre 1878 et 1897). 

Sur la Haute-Dordogne, depuis Bort-les-Orgues et jusqu'à Argentat et Beaulieu-sur-Dordogne,   la navigation se faisait à la force des bras des équipages le courant donnant l'impulsion, parfois trop ce qui entraînait des naufrages, à partir de Bergerac après le passage des redoutables malpas de Lalinde les hommes pouvaient souffler ... un peu .

Wcourpetcroq

Les embarcations qui avaient remonté le sel jusqu'à Souillac, plutôt que de redescendre à vide, redescendaient des produits manufacturés en provenance des Forges de la Borrèze et des merrains ( coeur de chêne, pour la tonnellerie et de carassonne et échalas de châtaignier pour la viticulture) qui arrivaient d' Argentat dans des " courpets ", ces bateaux à fond plat, équipés d'avirons, de gaffes. Les opérations de chargement se faisaient au port de Laroumet en face de Cieurac, après avoir déchargé le sel et les denrées coloniales au port des cuisines. En arrivant à Limeuil, la navigation s'animait car les gabariers de la Dordogne après avoir rencontré ceux de la Vézère devaient affronter le Saut de la Gratusse où des pilotes attendaient les embarcations pour alléger les bateaux trop chargés. Fort heureusement, plus tard ( voir blog " C"), le canal de Lalinde évitera ce passage redouté des gabariers.

D'autres embarcations, après avoir déchargé leurs marchandises à Bergerac, repartaient avec des fûts de vin, du papier des moulins de Vreysse et de Couze. Un peu plus bas, c'était la basse Dordogne avec un trafic plus conséquent et des " coureaux " qui jaugeaient jusqu'à 90 tonnes. Libourne et Bordeaux étaient au bout du voyage.

Selon les documents d'époque dans la première moitié du XIXème siècle il ne fallait guère que tros jours pour la descente des 200 km séparant Souillac de Libourne.

( Source croquis couleur courpets de " Batyeaux et batellertie de la Haute-Dordogne de Franois Beaudoin, Les Cahiers du Musée de la Batellerie : vue de Spontour vers 1900 représentant les diverses phases de la construction des courpets, chateau du Prieuré Conflans Sainte Honorine 78700)